Clair et Net : pour dégager le brouillard du quartier La Goutte d
Paris 18e
Le quartier de la Goutte d'Or dans le 18e arrondissement de Paris est un périmètre enclavé au sud par le boulevard de la Chapelle ; à l'ouest par le boulevard Barbès ; à l'est par les voies de chemin de fer de la gare du Nord ; au nord par la rue Ordener qui borde les emprises SNCF, sans voie de sortie vers la périphérie. Le quartier est classée au rang des zones urbaines sensibles (Politique de la Ville) depuis 1996 et compte plus de 22 000 habitants (l'une des zones les plus denses de la capitale).
La population, qui compte un tiers d'étrangers est en majorité « pauvre » ; des problèmes de langue, de santé, de niveau de qualification professionnelle ou d'usage de drogues sont souvent la cause de situations précaires et source de conflits et d'insécurité.
En 1997 se forme l'association Clair et Net qui, aidée du club de prévention du quartier, prend le statut d'Entreprise d'Insertion.
Les Entreprises d'Insertion par la production ou par le travail temporaire emploient des personnes qui cumulent des difficultés sociales et professionnelles. Elles leur proposent un parcours personnalisé de requalification sociale et professionnelle, fondé sur la mise en situation de travail, véritable passerelle vers une intégration durable, vers l'autonomie et la citoyenneté. (source : www.cnei.org)
L'idée initiale était de canaliser l'énergie des jeunes désoeuvrés du quartier qui détérioraient les cabines téléphoniques par le nettoyage de ces dernières. L'association se tourne donc naturellement vers France Télécom, signe un contrat et embauche 2 jeunes en emploi d'insertion pour nettoyer et rénover les 25 cabines du quartier.
L'entreprise développe rapidement son activité pour proposer des services de nettoyage et d'entretien d'immeubles (publics ou privés) ; elle emploie aujourd'hui 15 personnes en emploi d'insertion.
Le reste de l'équipe est composé du directeur, d'une secrétaire et d'une personne chargée d'insertion qui a pour mission d'accompagner les salariés tout au long de leur évolution dans l'entreprise jusqy'à leur retour vers un emploi stable.
Outre le suivi spécialisé, chaque semaine, les mercredi matin sont réservés au développement personnel des salariés. Toute l'équipe se réunit à travers différentes activités : cours de français et alphabétisation, travail sur la socialisation et le comportement, ou encore sorties culturelles collectives comme les visites de musées.
Pour les salariés, qui ont souvent de grandes difficultés sociales ou comportementales, c'est l'occasion de nouer des liens et de développer leurs capacités humaines et professionnelles.
Une formation interne supplémentaire assure le bon déroulement du travail : les salariés apprennent des principes de base leur permettant d'être appréciés des clients.
Clair et Net peut ainsi proposer une prestation de qualité dont ses clients témoignent par leur fidélité. Même l'annulation récente (juin 2007) du contrat avec France Télécom (faire appel à Clair et Net est légèrement plus coûteux que d'effectuer le travail en interne) n'a pas affecté la stabilité de l'entreprise qui fait aujourd'hui un chiffre d'affaire de 500 000 euros par an, ne se reposant que très peu sur des subventions.
Entreprise locale par excellence
Clair et Net favorise les liens de proximité dans le choix des salariés aussi bien que des clients. Elle est également impliquée dans la vie du quartier et entretien des liens avec le réseau associatif local.
Son activité se concentre principalement dans le quartier de la Goutte d'Or et ne dépasse pas les limites du 18e et 19e arrondissements. Son emplacement dans une boutique donnant sur rue est un élément qui accroît sa visibilité.
Laurent Gomis, directeur, en témoigne : « beaucoup de personnes poussent notre porte en cherchant du travail ». Dépendant des critères de sélection de l'ANPE, Clair et Net ne peut malheureusement pas recruter à sa guise, mais elle redirige les personnes concernées vers les services adéquats, ce qui aboutit le plus souvent à leur recrutement ultérieur.
Si on peut facilement évaluer les résultats en termes d'emploi stable à la sortie de l'entreprise (50%), la tâche s'avère plus difficile pour les conséquences sociales et humaines. Nous pouvons seulement nous fier au témoignage de Laurent Gomis qui reste stupéfait de l'amélioration significative des comportements de ses salariés, que ce soit en termes de sociabilité, de santé et hygiène ou de savoir-vivre.