ADVOCACY France
Paris 19e
Le terme « advocacy » (mot anglais) désigne un mode d'aide à l'expression de personnes qui s'estiment victimes d'un préjudice, qui se sentent mal écoutées et insuffisamment respectées par leurs interlocuteurs institutionnels, ou qui rencontrent des obstacles à l'exercice de leur pleine citoyenneté.
Il s'agit d'une pratique de médiation sociale qui introduit un tiers, amplifiant la demande du patient usager, sans parler à sa place, et qui permet ainsi aux différents points de vue de trouver un ajustement dans un dialogue respectueux.
L'association Advocacy-France a pour but de soutenir toutes les formes de recours dans les situations d'exclusion, de ségrégation, de mesures privatives de liberté individuelles. Composée d'usagers et de professionnels de la santé mentale, elle développe des actions collectives, coopératives et solidaires entre tous les acteurs engagés, aussi différents soient-ils, dans leurs statuts ou leur expérience. (extrait de Usagers de la Psychiatrie : de la disqualification à la dignité, par Martine Dutoit et Claude Deutsch, édition Érès, 2001, 165 p.)
ADVOCACY France est un réseau national regroupant 5 associations locales créé en 1996 par Martine Dutoit et Claude Deutsch. En Ile-de-France, la délégation est située à Paris 19e sur la place des Fêtes.
Martine Dutoit, assistante sociale en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Anne, désire créer une coalition d'usagers, parents, citoyens engagés, professionnels de la santé, sociologues, philosophes, etc. afin de changer le regard et la considération de la société vis-à-vis des malades et favoriser leur inclusion.
Inspirée des méthodes britanniques (elle a passé quelques mois en Angleterre), elle emploie des méthodes participatives d'inclusion comme l'empowerment*.
* L'empowerment : terme anglais, traduit par « autonomisation » ou « capacitation », est la prise en charge de l'individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale.
L'empowerment, comme son nom l'indique, est le processus d'acquisition d'un «pouvoir» (power), en l'ocurrence celui de travailler, de gagner son pain, de décider de son destin de vie sociale en respectant les besoins et termes de la société. L'autonomie d'une personne lui permet d'exister dans la communauté sans constituer un fardeau pour celle-ci. La personne autonome est une force pour la communauté.
L' Empowerment selon Martine Dutoit : créer les conditions pour qu' une personne retrouve le pouvoir sur sa propre vie, par un travail individuel et collectif : des méthodes de travail social où les personnes identifient leurs propres problèmes et trouvent les solutions.
Au départ, en essayant justement de les appliquer en milieu hospitalier où elle travaillait, Martine se heurte à des obstacles et en particulier à sa fermeture envers l'innovation. Les limites étant atteintes, elle entretient des liens avec d'autres branches comme la psychothérapie institutionnelle (groupes de travail pour encourager l'entr-aide mais qui ne lutte pas contre l'exclusion) et crée ADVOCACY France avec Claude Deutsch (co-fondateur de l'association) qui, lui, souhaite évoluer vers une réelle inclusion sociale des usagers suite à une expérience de création d'un foyer alternatif. (Ce foyer, utilisant des méthodes de travail en groupes, met l'accent sur les situations d'exclusion et d'assistanat, ne laissant pas la place à l'autonomie et la prise de conscience et de pouvoir des usagers ; il reste un lieu privilégié où ces derniers reviennent régulièrement malgré leur possibilité d'intégration à la vie courante de leur ville ou quartier).
Chez ADVOCACY, la coalition est envisagée entre 3 milieux : le milieu social, le milieu psychologique/médical et les usagers (USAGERS : personnes qui se reconnaissent dans une situation de soins psychiatriques et revendiquant une place dans la société comme citoyens crédibles pouvant prendre des responsabilités).
Après la création de l'association, on constate très peu de participation du milieu hospitalier ; ce sont les usagers les principaux acteurs de l'association, certains appuyés par leurs parents.
De fait, d'une coalition, ADVOCACY se transforme petit à petit en une association d'usagers venant de toute la région parisienne (dont beaucoup d'adhérents du milieu médical soutiennent les activités sans réellement y participer) ; elle le devient officiellement en 2005 (suivant la charte européenne) ; le conseil d'administration est composé majoritairement d'usagers. La présidente de l'association par exemple, qui est schizophrène, travaille et vit en couple et est récemment devenue maman. Sa récente maternité l'a amené à laisser sa fonction à son conjoint, atteint lui d' handicap mental (il ne sait ni lire ni écrire) mais dont le charisme naturel a séduit les membres qui l'assistent dans l'écriture lors des assemblées générales.
L'association : son fonctionnement, ses activités, quelques exemples et anecdotes
Les débuts : protéger et soutenir / faire de l'Advocacy
L'association développe d'abord une activité autour de la protection des droits de l'homme.
Des appels de toute la France viennent d'usagers à qui l'on refuse toutes formes de reconnaissance ou de crédibilité : l'association se charge alors de la médiation. Sans se placer en conseiller ou porte-parole, elle tente de faire prendre conscience à chacun de sa situation afin de faire les choix nécessaires. « On ne fait pas de miracles, mais les gens savent qu'ils ont un interlocuteur à qui s'adresser ».
Les courriers sont envoyés par les usagers eux-mêmes ; souvent, une lettre à l'appui rédigée par Martine Dutoit vient conforter la crédibilité des demandes auprès des institutions et administrations. Dans la plupart des cas, les travailleurs sociaux ou autres interlocuteurs refusent d'écouter les usagers à cause de certains incidents passés (violences verbales ou trop de sollicitations), ce qui peut entraîner le refus de certaines demandes légitimes : ADVOCACY vient alors soutenir et protéger les usagers.
Une première évolution : le soutien mutuel
Pour ne pas développer l'assistanat, l'association forme les usagers au paire - advocacy : un soutien de la part d'un usager « ancien » à un usager « nouveau ». La personne qui a un vécu une situation similaire soutient et encourage le co-usager.
Devenir paire - advocate est une mission difficile, l'identification aux problèmes de l'autre pouvant révéler le manque de recul nécessaire mais les conseils d'un paire - advocate ont plus de légitimité (que des conseils venant d'un interlocuteur institutionnel) par l'expérience commune et l'égalité des deux partenaires. « C'est une sorte de compagnonnage », dit M. Dutoit.
Des liens créés surgit la nécessité de se regrouper
Au début, l'association se réunissait une fois par mois au café ; une salle dans une maison d'associations lui fût ensuite attribuée. Les liens tissés dans ces espaces informels ont fait surgir le besoin d'un lieu, apparenté à différentes « images » des lieux traditionnels de rassemblement : la place du village, le lavoir ; une cafeteria (pour les milieux urbanisés)...
Avec le soutien de la fondation de France, le premier Espace Convivial Citoyen s'ouvre à Caen. Etre dans une ville, un quartier, s'approprier un lieu et le faire vivre en démocratie, telle était la démarche initiale engagée par ADVOCACY.
Fort de cette expérience, le lieu parisien voit le jour, d'abord dans une petite boutique très mal entretenue et ensuite au lieu actuel : 5 place des Fêtes.
Que se passe-t-il dans ces Espaces Conviviaux Citoyens ?
Quel est ce lieu, quelles sont les activités pratiquées et quels en sont les effets sur les usagers ?
1. les ateliers, comment ça marche ?
La particularité des Espaces Conviviaux Citoyens est d'être gérés et animés par les usagers. Tous les lundi a lieu une grande réunion d'organisation afin de définir le planning de la semaine. Certaines activités sont régulières comme la discussion philosophique, un atelier où l'on apprend à tenir un discours logique et à participer de façon harmonieuse à une discussion.
Les activités sont ouvertes à tous : habitants du quartier ou toute autre personne qui le désire. L'atelier de discussion attire certains partenaires associatifs, comme les membres de l'association La ligne d'horizon.
La prise en main des responsabilités par la transmission du savoir : une méthode clé dans le travail d'Advocacy
Un principe important dans cet espace convivial citoyen est la responsabilité des usagers dans l'entretien et l'animation du lieu : ne pas être consommateurs, mais acteurs. Les ateliers, souvent animés par des professionnels au départ, le sont ensuite, de par la transmission du savoir, par les usagers. L'atelier de discussion philosophique, tenu par une psychologue partenaire d'ADVOCACY est aujourd'hui animé par les usagers volontaires.
Dans le cadre de l'atelier Arts Plastiques, d'abord animé par une artiste peintre, on a pu découvrir le talent d'artiste de l'un des usagers et ainsi permettre sa réinsertion sociale : Éric COLAS, qui a subi de nombreuses années d'hospitalisation, est arrivé à l'association très fragilisé (il avait du mal à côtoyer les autres et vivait dans des conditions misérables). Peu à peu, son talent s'est exprimé et lui a permis d'être aujourd'hui embauché en emploi aidé par l'association et d'animer son propre atelier. D'autres intervenants ont également permis à Éric de découvrir de nouvelles techniques (il pratiquait auparavant exclusivement la peinture à l'huile).
Lors d'animations en plein air dans le quartier, Éric se réjouit du contact avec les enfants, étant privé de celui avec ses nièces et neveux par les membres de sa famille.
Chose singulière, il fait partie de l'association depuis ses premier pas dans la boutique rue de Nantes, où il est arrivé un jour de grand lessivage des murs : prenant une éponge et se mettant au travail, il s'est retourné vers sa voisine, elle aussi avec une éponge à la main, en lui demandant si elle avait, comme lui, été hospitalisée ; ladite voisine lui a répondu qu'elle était psychologue.
« Dans l'association les rôles ne sont pas définis, c'est la richesse des liens qui est importante » dit Martine.
L'atelier informatique est un lieu d'apprentissage mutuel, sans animateur spécifique ; deux ordinateurs sont à la disposition de tous en permanence. Tous les usagers sont maintenant capables d'utiliser couramment Internet.
Les activités de l'association se renouvellent régulièrement. Un nouvel atelier a été créé récemment : le club des femmes, dont la nécessité s'est faite ressentir lors des réunions, quand le besoin de représentants de l'association à des événements extérieurs s'imposait : les bénévoles étaient toujours des hommes. La proposition d'imposer à chaque représentation un homme et une femme a ouvert le débat. Ce Club des femmes est un moment privilégié qui leur permet de s'exprimer librement, prendre conscience de leur situation, parler de leurs désirs et définir des projets d'avenir.
2. L'importance des événements extérieurs
Ils permettent le lien avec la société, évitent que le lieu d'ADVOCACY devienne une sorte de ghetto ; ils permettent également aux membres de l'association de mettre en valeur leurs compétences.
Un atelier vidéo et graphisme a été mis en place, où deux usagers assurent la création d'affiches et autres outils de communication. Certains s'y découvrent leurs talents en gestion de son, mise en scène etc. en fonction des besoins ponctuels de l'association.
Les premières années, faute de budget, l'association venait se greffer sur les évènements présents en proposant sa participation. Aujourd'hui elle organise ses propres manifestations avec le soutien de la mairie du 19e arrondissement et d'autres associations, ainsi que la participation des habitants du quartier.
Le 29 décembre 2006, ADVOCACY a organisé des activités à la mairie du 19e arrondissement avec tout le réseau associatif qui gravite autour d'eux.
Atelier de discussion philosophique, pièce de théâtre, films, danse africaine, travail avec des sans-abri, présentation de différentes associations - 150 personnes se sont mobilisées. Heureuse témoin de la diversité, une dame du quartier est arrivée, parlant uniquement le russe : un des membres qui parlait cette langue a pu faire le lien et l'accueillir.
En juin 2007, ADVOCACY a occupé la place des Fêtes pendant un mois entier ! Théâtre, danse, débats dans les différents ateliers, et même un marché de l'art ont animé le quartier et réuni les habitants avec les membres de l'association. Tous les Ateliers se pratiquant d'habitude dans l'espace convivial citoyen se sont faits sur la place. Les habitants ont établi le contact avec les usagers en santé mentale. Un événement qui a généré beaucoup de rencontres, et qui s'est clôturé par un repas dans le club offert aux habitants du quartier, invités à venir chercher des photos.
Pour l'avenir, ADVOCACY souhaite renforcer le principe de transmission du savoir : impliquer encore plus les membres de l'association à l'animation des ateliers et au PAIRE-ADVOCACY, pour viser une totale auto-gestion de l'association par les usagers. Un autre souci permanant est de garder l'aspect souple et non institutionnel du lieu.
Récemment, avec une nouvelle subvention, ADVOCACY a pu embaucher une personne à plein temps, diplômée en tant qu'assistante sociale et formée au travail avec les groupes par Martine Dutoit. Cette employée est considérée comme personne ressource, qui vient appuyer et soutenir les projets des adhérents, sans être encadrante ni assistante sociale. L'association a également pu embaucher en emploi aidé deux adhérents afin de leur permettre de construire leur projet professionnel.
La grande crainte de Martine Dutoit est évidemment de perdre les subventions qui permettent ce développement : c'est pourquoi les adhérents ont créé un atelier budget pour traiter les questions d'argent : ils gèrent un compte séparé dédié aux projets et commencent également à se préoccuper des demandes de subvnetions.
La dynamique du groupe est essentielle chez ADVOCACY : les personnes les plus fragiles, pour s'y insérer, s'appuient sur l'énergie de l'ensemble du groupe qui s'auto-gère réellement en partie grâce à un règlement intérieur (rédigé pendant 6 mois). ADVOCACY aimerait former d'autres personnes pour essaimer la méthode, mais la tâche est difficile : une expérience à Créteil ne s'est pas montrée concluante. Néanmoins, l'association s'évalue régulièrement pour se renouveler et avancer, et montre que ce ne sont pas moins de 100 personnes par mois qui fréquentent le lieu, avec sans cesse de nouvelles arrivées.
Contact : Advocacy Paris Ile-de-France
Fonction : 5 place des Fêtes 75019 PARIS
Téléphone : +33 (0) 1 46 07
E-mail :