L'insertion socio-économique par le développement durable : créer du bien-être à tous les niveaux
Département des Hauts-de-Seine (92)
Espaces est une association d'insertion par les métiers de la nature qui applique une gestion différenciée des espaces naturels urbains dans le Val de Seine.
Installée à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, Espaces est née de l'idée de plusieurs habitantes et habitants du Val de Seine de créer une association qui allie écologie et social. Depuis 1994, Espaces a progressivement démarré ses activités avec une première équipe d'éco-cantonniers (en Contrats Emploi Solidarité - CES) sur les chantiers des berges de Seine d'Issy-les-Moulineaux, Meudon et Sèvres avec le double objectif de réhabiliter les bords de Seine, transformés en friches industrielles délaissées, et de redonner un emploi aux anciens ouvriers et aux sans-abri vivant sur les berges.
L'enjeu est de créer une dynamique d'économie sociale et solidaire.
Parmi les sites sur lesquels l'association a travaillé, on compte les espaces délaissés suivants : les berges de Seine ; les talus SNCF et T2 dans le nord du Val de Seine ; la Petite Ceinture d'Auteuil ; le Domaine national de Saint-Cloud (la partie boisée du parc) ; les sites considérés par le Conseil général des Hauts-de-Seine comme espaces naturels sensibles (dans le Val de Seine) ; des terrains vagues devenus des jardins.
Espaces concentre une multitude d'actions pour le bien-être des personnes et de l'environnement, mais deux projets se distinguent par les liens forts de solidarité qu'ils tissent sur leurs territoires respectifs : Le Jardin Solidaire et Les Jardins de l'Espoir.
Le Jardin Solidaire à Clamart : cultiver la reconnaissance et le lien social
Sous la forme d'un atelier et chantier d'insertion (ACI), l'association ESPACES a créé au coeur de Clamart un véritable jardin de liens.
Les ACI sont des dispositifs relevant de l'insertion par l'activité économique, conventionnés par l'Etat, ayant pour objet l'embauche de personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières. Les personnes sont ainsi titulaires d'un véritable contrat de travail (contrat d'avenir ou un contrat d'accompagnement dans l'emploi). L'ACI bénéficie, pour sa part, de différentes aides, dont une spécifique à l'accompagnement.
Au-delà de l'insertion par l'activité économique et le développement de l'écologie urbaine, les deux objectifs premiers, le jardin crée de multiples liens sociaux entre riverains, associations, bénévoles, professionnels de l'action sociale, salariés en insertion, et apporte une réelle reconnaissance envers ces derniers.
5 salariés embauchés dans un contrat d'une durée de 6 mois renouvelables cultivent et entretiennent ce lieu selon des modes de culture biologique et parfaitement respectueux de l'environnement : récupération des eaux de pluie, compost naturel, semences biologiques, aucune utilisation de matières de synthèse, respect du rythme des saisons et rotation des cultures sont quelques principes fondamentaux.
Une journée de formation par semaine et un suivi par une équipe de professionnels appuient l'objectif de retour à un emploi durable et stable. Le contact avec la terre et les plantes ainsi que l'expérience acquise peuvent offrir de nouvelles opportunités.
Avoir le sentiment d'utilité sociale : élément clé du bien-être
Selon le témoignage d'Isabelle Trinité (l'animatrice du lieu), les salariés arrivent au jardin fragilisés psychologiquement ; établir une relation de confiance avec eux est une gageure, mais un point pourtant essentiel quant au bon déroulement du travail et la réussite de leurs projets professionnels.
Intimidés et dépourvus de confiance en soi, leur évolution suit le rythme de leur apprentissage : à leur arrivée, ils tentent d'éviter tout contact avec les visiteurs, mais au fur et à mesure qu'ils acquièrent des connaissances, ils prennent une assurance qui leur permet de participer à l'accueil et l'animation du jardin : aller vers le public, répondre à ses questions, le renseigner voire le conseiller sur les pratiques du jardinage ; faire une démonstration de leur travail en présence des enfants. Ils bénéficient alors d'une réelle reconnaissance qui leur redonne la dignité et le sentiment d'utilité sociale, composantes indispensables au processus d'inclusion.
D'autres solidarités s'expriment dans ce lieu :
- Un professeur retraité vient donner des cours de français aux salariés, ce qui leur permet notamment d'améliorer leur niveau de communication ;
- Un art-thérapeute vient animer un atelier de poterie dans le but d'ouvrir au dialogue ;
les salariés eux même se montrent solidaires les uns des autres : ils restent attachés non seulement au lieu duquel ils sont très fiers, mais également à leurs camarades, auxquels ils reviennent rendre visite après la fin du contrat pour les encourager et leur faire prendre confiance en l'avenir.
Divisé en quatre parties (un potager, un verger, un herbier aromatique et des espaces fleuris), le jardin est ouvert aux visiteurs (en général les habitants du quartier) et propose des activités d'éveil au jardinage à destination des crèches, écoles et centres de loisirs. L'accueil, l'encadrement et l'animation sont assurés par Isabelle Trinité aidée des salariés.
Les activités proposées s'articulent autour du cycle de vie des plantes : les enfants peuvent suivre leur évolution de la semence à la récolte et apprendre les méthodes de culture écologiques. La transmission du savoir se fait donc logiquement envers les parents, invités eux aussi à prendre connaissance de ce savoir particulier et quelques bonnes astuces, comme ces plantes qui s'aiment tel un couple : les poireaux et les fraises ou les carottes et les radis ; en les plantant côte à côte, on favorise leur croissance.
Les habitants du quartier viennent également de façon spontanée travailler bénévolement et repartent en général avec un petit panier de fruits et légumes.
Pour certains enfants un peu turbulents, les activités au jardin sont bénéfiques et permettent de canaliser leur énergie ; certains témoignent même d'une amélioration de leurs résultats scolaires. Tous, en tout cas, se montrent très respectueux : ils trient leurs propres déchets et veillent à l'état de propreté.
Les rencontres et les activités font du jardin un lieu propice à toutes sortes de rassemblements : fêtes et repas de quartier y sont régulièrement organisés.
Malgré un succès incontestable, le jardin se heurte tout de même à quelques difficultés : la communication vers l'extérieur afin de se faire connaître auprès du grand public et le problème financier, bien qu'il soit subventionné par différents organismes publics. La solution se trouve peut-être dans l'activité marchande que le jardin tente de développer : la conservation de graines et plants à destination de la vente aux riverains (pour un prix symbolique !) et la vente de paniers de légumes. Également le montant des adhésions et la participation à des concours ; tout cela pourrait contribuer à financer tout ou partie des activités.
Les Jardins de l'Espoir (jardin d'insertion sociale) à Meudon
A Meudon, situé au milieu des cités, un terrain inoccupé est aménagé à l'initiative de l'association ESPACES avec le financement du Conseil Régional Ile-de-France et la participation active des Orphelins Apprentis d'Auteuil, pour devenir en juin 2000 les Jardins de l'Espoir.
Ce lieu est un jardin d'insertion sociale, mais contrairement aux jardins relevant de l'insertion par l'activité économique, il cible en priorité la réinsertion dans la société.
Financé par le conseil régional, il accueille des personnes en situation précaire, d'isolement ou en difficulté : bénéficiaires du RMI, personnes âgées isolées, migrants parfois en situation irrégulière, demandeurs d'asile....
L'activité dans le jardin est bénévole. Les personnes accueillies sont libres d'y travailler ou non. Pour celles en difficulté financière, le travail dans le jardin, même s'il n'est pas rémunéré, permet de repartir avec un panier de légumes et de bénéficier d'un repas chaud le midi.
Le jardin est bien sûr ouvert à tous, pour des visites spontanées ; il accueille entre autres des centres de loisirs au sein des 1700 m² de potager et d'espaces fleuris, cultivés de façon 100% écologique et équipés de panneaux solaires et d'une éolienne.
Beaucoup de fêtes et repas partagés y sont organisés par l'équipe d'encadrement ou de façon spontanée par les bénévoles, ainsi que des événements culturels : un atelier mosaïque, une exposition de sculptures ou de photos, des concerts'
Les personnes en situation d'exclusion bénéficient d'un soutien à l'insertion par l'équipe d'encadrement qui les oriente vers les services sociaux adéquats et les encourage à se reprendre en main. Pour certains, ce fut une véritable bouée de sauvetage.
André, s'est trouvé dans une situation difficile suite à un accident de travail : il vit grâce au RMI, souffre de handicaps physiques et psychologiques et croit ne plus pouvoir travailler. Son arrivée aux Jardins de l'Espoir a fait des miracles : il reprend confiance en lui et se montre à tel point motivé par le travail qu'il bénéficie, suite à quelques mois en tant que bénévole, d'un contrat d'insertion dans le jardin où il est embauché en CDI depuis maintenant 2 ans pour assurer l'entretien et l'encadrement : il participe notamment à l'animation des jeunes de centres de loisirs.
Un autre exemple est un jeune Franco-chilien qui est arrivé en France sans ressources ni domicile et ne sachant pas parler le français. Accueilli, il est pris en main par l'équipe qui l'oriente vers les services adaptés : il apprend la langue, règle sa situation administrative et après une courte période d'insertion au sein de la structure trouve un emploi stable dans le domaine de l'entretien des espaces verts.
L'ambition et les objectifs dépassent même le cadre local, voire national : Claude Bonvarlet, qui est en relation avec les associations de New-York, pionnières du système des jardins en ville, souhaite y emmener les bénévoles du jardin pour un projet d'échange.
Malgré tout cela, il reste difficile de mobiliser le public ; pourtant, réticents au début, les habitants du quartier commencent à venir découvrir ce lieu particulier où de vrais liens se tissent.