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Territoire de Co-Responsabilité en IdF

Mains libres - pour et avec les sans-abri

Paris 1er
Les SDF du quartier des Halles peuvent désormais avoir les mains libres pour s'occuper pleinement de leur réinsertion.
Les SDF, on l'imagine facilement, sont encombrés et stigmatisés par leurs bagages qu'ils peuvent perdre ou se faire voler. Et les consignes à bagages qui leur sont destinées ne les accueillent que pour un temps limité et n'ouvrent qu'une ou deux fois par semaine. Ils ne peuvent donc pas y déposer l'ensemble de leurs bagages pour vaquer à leurs occupations : démarches, soins ou travail.
Fondée en juin 2007, l'association Mains libres, constituée de SDF, d'ADF (Avec Domicile Fixe) et appuyée d'associations spécialisées, a ouvert en mars 2007 sa bagagerie fonctionnant matin et soir dans le quartier des Halles de Paris, avec une dimension triplement innovante d'approche par l'analyse des besoins, d'ancrage dans un quartier et de fonctionnement participatif des usagers.
Le quartier des Halles fait depuis 2002 l'objet d'un projet de rénovation. Dans ce cadre, une association d'habitants, Accomplir, sensible à la forte présence de SDF dans ce quartier, se demandait quel équipement supplémentaire proposer pour améliorer leur accueil. L'une des adhérentes, membre également du mouvement ATD Quart Monde, et participant à l'accueil dans le « Café Rencontre » créé par l'association Aux Captifs, la libération, a interrogé des SDF à ce sujet. Presque tous ont demandé « un endroit pour mettre les bagages », requête qui paraissait difficile à satisfaire. Cependant, un projet de bagagerie dans le 4ème arrondissement a encouragé la démarche. Accomplir, en partenariat avec d'autres associations locales, a organisé une soirée théâtre-débat sur le thème « Comment inclure les SDF dans notre quartier ' » (avec la participation de Francis Cymbler) devant une centaine de personnes, dont une dizaine de SDF. Deux idées en ont émergé : la confirmation de l'intérêt d'une bagagerie pour les SDF, mais aussi la nécessité de les associer au projet : « On en a marre qu'on crée des choses pour nous sans nous demander notre avis ».

Un groupe de travail s'est constitué, associant des ADF (membres de l'association Accomplir mais aussi membres des conseils de quartier locaux ou simples habitants), quelques SDF qui avaient participé à cette soirée et d'autres qui ont progressivement rejoint l'équipe. Les associations spécialisées du quartier ont rejoint le mouvement (Emmaüs, Aux Captifs, la libération, mais aussi la Soupe Saint-Eustache, la Conférence Saint-Vincent de Paul et le centre social La Clairière). Tout ce petit monde réuni a initié plusieurs enquêtes : sur les bagageries existantes, sur l'offre commerciale (consignes SNCF, « Une pièce en plus »...), sur les besoins (étude de marché réalisée avec l'aide d'une chercheuse du CNRS auprès de 49 SDF du quartier, menée en partie par les SDF membres de l'équipe). Plusieurs intervenants sont venus apporter leur expertise : les maraudeurs d'Emmaüs sur les conditions de vie des SDF du quartier ; l'ancien président de la Soupe Saint-Eustache sur la gestion des bénévoles ; ou encore le capitaine des policiers du quartier, sur les questions de sécurité et de gestion de l'environnement de l'équipement.

L'essentiel des réunions a porté sur le mode de fonctionnement du futur équipement : choix de ne faire appel qu'à des bénévoles, d'ouvrir deux fois par jour matin et soir, de prévoir des casiers ouverts mais sécurisés par un guichet et suffisamment grands (un demi-mètre cube), de prévoir, pourquoi pas, un accueil avec café ; en revanche, pas de douches ni de machine à laver pour éviter que l'endroit ne se transforme en refuge. Sur de très nombreux points, les problèmes ont été soulevés par les ADF et les solutions trouvées par les SDF. Après quelques mois, l'association Mains libres a été créée, avec un Conseil d'administration composé de 6 SDF, de 6 ADF et de 4 représentants d'associations partenaires. La présidente est une ADF et les 3 vice-présidents des SDF. Le règlement intérieur a été rédigé (par un SDF), débattu pendant plusieurs mois et amendé en Assemblée générale avant d'être voté à l'unanimité.
Un dossier a été présenté en juin 2006 par des délégations de SDF et d'ADF aux maires des 4 premiers arrondissements, à la députée de Paris centre, au Maire de Paris et à ses adjoints. Tous ont exprimé leur soutien unanime et la Mairie de Paris a alloué un local à disposition. Parallèlement, des financements pour l'investissement ont été recherchés auprès du mécénat d'entreprise.

Quant au local, il avait été identifié : une ancienne halte-garderie, de 135 m², située dans des bâtiments promis à la démolition par le projet de rénovation des Halles et facile à sécuriser. Entre-temps, ce lieu avait été choisi par la Ville pour y créer une maison des associations provisoires, mais grâce à une forte mobilisation, notamment du conseil de quartier des Halles, la priorité a été donnée à la bagagerie. La décision a été validée par le Conseil de Paris le 12 février 2007, la convention prenant effet à partir du 1er mars. L'installation s'est faite avec la participation des ADF et SDF entre le 1er et le 3 mars, et la bagagerie a ouvert le 5.

Les plus assidus des nouveaux usagers se voient rapidement proposer de devenir volontaires et une quinzaine ont déjà accepté et été cooptés. Comme les volontaires ADF, ils disposent d'un badge électronique qui leur permet d'ouvrir eux-mêmes la porte du local aux heures de permanence. Alors que la plupart des ADF n'effectuent qu'une seule permanence, les SDF, qui disposent de plus de temps, en font généralement plusieurs, de sorte pratiquement toutes les permanences sont assurées par des volontaires. Les élus SDF jouent pleinement leur rôle au sein du Conseil d'Administration, et certains se montrent particulièrement vigilants sur le respect du règlement intérieur.

Le simple fait de participer à un tel projet a généré un sentiment de fierté individuelle et collective pour les SDF membres de l'association : « Maintenant, je me considère ». « Quand on est autour de la table et qu'on cherche ensemble la solution à un problème, il n'y a pas de différence entre SDF et ADF ».
Dès l'amont du projet, des liens se sont tissés entre eux et le public : « Avant, dans la rue, les gens passaient et m'ignoraient complètement : j'étais moins que rien pour eux. Depuis que je participe à ce projet avec Mains libres, il y a beaucoup de gens du quartier qui commencent à me connaître et qui discutent avec moi. »
Si le projet est porté collectivement par les ADF et les SDF, ces derniers se sentent particulièrement motivés pour sa réussite : « Je veux que ce projet marche et que la Ville qui nous a donné le local ou les financeurs qui nous ont donné des subventions se rendent compte qu'ils ont eu raison de nous faire confiance ».
Mains libres commence à s'insérer ainsi dans le tissu associatif local : l'association va tenir un stand dans le vide-grenier du quartier et participer à la fête du quartier comme co-organisateur avec trois autres associations. A l'occasion de l'inauguration (mai), les SDF ont même exprimé leur envie d'aller plus loin, notamment par un début d'activité profesionnelle, avec la tenue d'un stand de vente de produits du commerce équitable. Ce qui illustre l'impact de la bagagerie en termes d'insertion. La bagagerie Mains libres a prouvé son caractère triplement innovant : en plus d'offrir un service performant aux sans-abri, elle réussit à les intégrer par une démarche citoyenne dans la vie du quartier et à leur donner une réelle reconnaissance et dignité.
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